La bataille fait rage depuis l'aube. L'armée du roi Arthur et celle du seigneur barbare Rëuël s'affrontent depuis des heures et la fatigue du combat commence à se faire sérieusement sentir. Seule la mort reste infatigable : elle frappe inexorablement, ici et là, tuant tous ceux qu'elle croise sur son passage. Les Hommes tombent un à un, comme submergés par cette force supérieure. Ainsi, le sang coule à flots et la mort s'en abreuve. Mais elle ne sera jamais satisfaite...
Aveuglés par la rage et la violence du combat, les Hommes ne perçoivent plus que des sons et des mouvements. Ils ne cessent de frapper au hasard, touchant tous ceux qui passent trop près d'eux et tuant, c'est malheureux à dire mais c'est vrai, amis comme ennemis. Le sang coule à flots et les Hommes s'en réjouissent. Mais, comme la mort, ils ne seront pas satisfaits tant que l'ennemi n'aura pas été anéanti...
L'issu de ce combat, ou plutôt de ce massacre, puisqu'il faut bien l'appeler par son nom, est encore incertain lorsque la voix du seigneur Lancelot retentit :
--Le roi est mort ! Sonnez la retraite ! Soldats, au château !
Ses compagnons d'armes hésitent un court instant puis, comme un seul homme, ils tournent les talons et s'enfuient en courant. Mais plusieurs des fuyards sont criblés de flèches par les archers ennemis tandis que d'autres sont rattrapés par la cavalerie adverse. Heureusement, la majorité des soldats arrive au château sans encombre, le seigneur Lancelot et certains Chevaliers de la Table Ronde ayant réussi à ramener le corps du roi Arthur. Mais ils sont écrasés par le poids de la défaite et du chagrin...
Le champ de bataille se vide rapidement tandis que les vainqueurs vont fêter leur victoire et que les vaincus se lamentent de leur défaite et de la mort de leur souverain ainsi que celle de tous leurs compagnons. Pendant plusieurs heures, quelques patrouilles passent parmi les milliers de cadavres qui jonchent le sol puis un lourd silence tombe sur la plaine ensanglantée. C'est à ce moment là qu'un des soldats se relève péniblement, couvert de sang, de boue et de sueur. Il fait quelques pas en titubant puis il s'écroule sur le sol, son arme à ses côtés.
Comment avons nous pu en arriver là ?songe-t-il.
Avec tristesse, il regarde les cadavres de ceux qui étaient encore vivants il y a quelques heures à peine.
Combien d'hommes sont-ils mort ,aujourd'hui ?Et, avec eux, combien de familles ont été détruites ?Des enfants sans père, des mères sans fils, des femmes sans mari...
Il se relève à contrec½ur et constate avec soulagement que, malgré la fureur du combat, il n'a aucune blessure importante mais seulement quelques coupures peu profondes. Rassuré, il ramasse son épée tombée sur le sol, la nettoie avec soin et la remet dans son fourreau.
Après avoir jeté un dernier coup d'½il au champ de bataille, il s'éloigne vers l'Est où il espère pouvoir mener une nouvelles vie, loin de tout ce qu'il connaît et loin de tous ceux qui le connaissent sous le nom de Perceval de Galle.
Mais on n'échappe pas aussi facilement à son destin...